La SFO a trouvé il y a peu ce journal.
Après enquête, la propriétaire de ce journal est partie à l’étranger, après un long séjour à l’hôpital, dans le coma.
Mon journal
Tôkyô JdR
Des rôlistes francophones à Tôkyô se mettent en ligne
La SFO a trouvé il y a peu ce journal.
Après enquête, la propriétaire de ce journal est partie à l’étranger, après un long séjour à l’hôpital, dans le coma.
Mon journal
La SFO a trouvé ce journal il y a peu. Il est écrit à la main sur des feuilles volantes retenues ensemble par un simple trombonne, ce qui explique peut-être qu’il manque certains feuillets… L’analyse de ce journal par les agents de la SFO est en cours.
Début octobre
Ça fait déjà 8 mois que je suis au Japon, et ce n’est qu’aujourd’hui que je me suis enfin décidé à commencer des recherches sérieuses sur ma famille. Avant de quitter le Pérou j’avais essayé de trouver dans le bureau de mon père des documents susceptibles de m’aider dans mes recherches. Je me souviens des médailles et autres décorations qu’il aimait me montrer quand j’étais gosse, mais tout a disparu, je ne sais pas ce qu’il a fait de tout ça, impossible de mettre la main sur quoi que ce soit, même dans ses cachettes favorites à la maison. Je n’ai trouvé qu’une photo, c’est ténu comme point de départ : une femme en kimono devant un temple, je crois que c’est celui d’Asakusa, avec deux enfants d’une dizaine d’années, un garçon et une fille. Je jurerais presque que le garçon est mon père ; ça remonte donc à longtemps… Au dos, le nom : Nogawa Hanako, rien d’autre.
Je me suis donc décidé à aller à Asakusa cet après-midi. C’est bien là que la photo a été prise. Après avoir un peu tourné sans rien trouver, j’ai demandé de l’aide à un prêtre. En observant la photo à la loupe il a reconnu le mon sur le kimono de la femme : une fleur de kiku, mon de la famille Nogawa.
En errant dans le cimetière du temple j’ai trouvé sur une tombe ce même mon. Avec l’aide du même prêtre, à partir des noms posthumes gravés sur la tombe (il y en a deux), nous avons identifié Nogawa Hanako et Suzuki Chihiro, sa petite-fille morte à l’âge de 45 ans il y a 3 ans ; le registre a été signé par sa fille, Suzuki Miho, résidant à Shinagawa. Ça pourrait correspondre… en tout cas mon père avait dans ses documents des papiers faisant référence à ce quartier.
C’est près de chez moi et de l’hôpital où je travaille, demain j’irai voir cette Miho, peut-être m’apprendra-t-elle quelque chose sur ma famille… Quoique si sa mère est morte à l’âge de 45 ans, elle doit être encore bien jeune, saura-t-elle quelque chose ? Si je me fie à mon intuition et que la femme de la photo est ma grand-mère et les enfants frère et sœur, alors Miho serait… ma petite cousine ? Pourtant nous devons avoir à peu près le même âge... Mon père est si vieux…
Jour 1
Beaucoup de choses se sont passées aujourd’hui, je profite d’un peu de répit à l’hôpital pour essayer de tout consigner par écrit, j’ai peur d’oublier des détails importants.
Comme je l’avais prévu hier, je suis allé rendre visite à Mlle Suzuki cet après-midi en sortant de l’hôpital. Elle n’était pas là, pourtant j’ai trouvé la porte ouverte, l’appartement était dévasté. Deux personnes étaient sur place, un jeune homme d’une vingtaine d’années au crâne rasé et une très belle femme d’une trentaine d’années : eux aussi cherchaient Miho. D’après ce que j’ai compris, la femme, qui s’est présentée par son seul prénom, Kiharu, était son professeur. Je ne sais pas très bien ce qui liait l’autre à Miho, mais il a l’air de s’intéresser à l’occultisme. Un prêtre ? Ça pourrait expliquer son crâne rasé. Ils ont eu l’air un peu étonnés de ma présence, mais n’ont pas beaucoup posé de questions, ça m’arrange, la base de mes recherches généalogiques est si mince qu’elle pourrait paraître ridicule. Presque en même temps que moi, est arrivé un autre homme, journaliste, qui semble être très proche de Miho. Apparemment, elle n’a donné signe de vie à personne depuis 15 jours, et ils sont tous très inquiets. Si près du but de trouver des réponses à l’histoire de ma famille, je ne lâcherai pas l’affaire, je veux la retrouver.
L’appart a été fouillé et mis à sac. En cherchant à notre tour, on a trouvé une clef de casier ou de consigne cachée derrière le frigo, avec un numéro. En recomposant le dernier numéro de téléphone appelé, on est tombé sur une compagnie du nom de "DBGB", jamais entendu parler… Dans les pages jaunes, la seule entrée équivalente correspond à un club à Roppongi. Dans la boîte aux lettres qui débordait il y avait un courrier de la fac de Sophia et une lettre calligraphiée au pinceau. Mlle Kiharu l’a ouverte : l’auteur en était un certain lieutenant Matsuya, s’inquiétant du silence de Miho et lui redonnant son adresse au Keio Plazza à Shinjuku (ben voyons ! En voilà un qui a les moyens…) au cas où elle voudrait le joindre. Pas grand-chose d’autre à tirer de cet appart dévasté, il faut chercher ailleurs…
Le quartier grouillait de flics, il paraît qu’il y a une affaire d’enlèvements de lycéennes. Le journaliste s’y est un peu intéressé, mais j’avoue qu’il y avait plus pressé…
À la gare de Shinagawa, on a cherché les consignes, mais les numéros des casiers là-bas ne sont pas assez grands. On a demandé à un employé de la gare, qui a fini par nous dire que ce type de clefs n’est pas utilisé sur les lignes JR. Mais on a failli se faire pincer, tout le monde est nerveux ici à cause de cette histoire d’enlèvements, et sans la présence d’esprit de Mlle Kiharu, je pense qu’on pouvait dire adieu à notre précieuse petite clef…
Puisqu’on a fait chou blanc avec les consignes de la gare, on est allé à Shinjuku où Henry (le journaliste) et Mlle Kiharu ont réussi à rencontrer le lieutenant Matsuya. Ils ont discuté longuement au bar de l’hôtel, Hanzo et moi avons préféré nous faire discrets et sommes restés à une table proche pour ne pas perdre un mot de la conversation. Matsuya a une prothèse à la main droite et à la question de Mlle Kiharu sur sa carrière militaire, il a répondu ne pas en avoir fait. Pourtant il porte le titre de lieutenant, étrange… Il a expliqué à Henry et Mlle Kiharu que Miho l’a contacté il y a une dizaine de jours, après avoir lu un article qu’il avait écrit ; ils ont parlé de leurs craintes. Le journaliste l’a fait parler sur son expérience militaire, en 1941 au Vietnam à Danang, où après avoir chassé avec son bataillon un groupe de montagnards puis été chassé par eux, il a assisté à l’écorchage à vif de ses camarades, apparemment un rituel pour entrer en contact avec l’esprit de la colline. Il a eu l’impression de lutter contre une entité, et au matin s’est réveillé la main droite coupée, sa main gauche tenant toujours la machette. Tous ses compagnons étaient morts, les ennemis dormaient après l’orgie de la nuit, il a eu accès à la radio et aux cartes permettant de se localiser et de contacter les troupes japonaises qui ont bombardé le lieu. Sinistre histoire… Mais ce lieu semble lié au mystère, car plus tard pendant le guerre du Vietnam, sur cette même colline ont eu lieu des événements étranges et des massacres de bataillons entiers : Hamburger Hill.
Le lieutenant Matsuya est persuadé que l’entité qu’il a combattue à cette époque plane maintenant sur Tokyo, mais il n’a pas justifié son intuition. Moi je ne vois pas trop pourquoi un monstre vietnamien aurait soudain envie de changer d’horizon géographique. Miho, elle, lui a parlé d’un lieu qu’elle redoute particulièrement, qu’elle nomme "le Théâtre d'Ombres ", et qu’elle n’a vu qu’en rêve.
Nous sommes ensuite allés à la fac de Sophia. En chemin, on a ouvert la lettre trouvée dans la boîte de Miho, et on y a trouvé la nouvelle carte de bibliothèque de Miho suite à la perte de l’ancienne. Du coup, c’est par là que nous avons commencé les recherches. Bien nous en a pris car à la bibliothèque, on est tombé sur des casiers dont l’un avait le même numéro que la clef ; après essai, il s’est ouvert. On y a trouvé un sac de sport, que par prudence on a ouvert aux toilettes : il était plein de liasses de billets, beaucoup de liasses, avec aussi un livre noir relié de cuir et une boîte en bois blanc dans laquelle il y a un masque du genre de ceux qu’utilisent les acteurs de no pour un personnage féminin, mais Mlle Kiharu (qui a l’air de s’y connaître en arts japonais, soit dit en passant) dit qu’il ne correspond à aucun personnage traditionnel du no. Au dos de la boîte, très ancienne, est écrit Kai jin bo (ah ! ces kanji, toujours aussi difficiles à lire…). D’après Hanzō, c’est un démon masculin très barbu, le visage rouge, souvent représenté avec un marteau à la main et devant une forge. Rien à voir avec ce qu’on avait sous les yeux… Pour ce qui est du livre, il semble que ce soit un journal chiffré. Y était accroché un sachet contenant une poudre blanche (réflexe professionnel, j’ai testé, mais ça ne ressemblait pas à de la coke ni à de l’héroïne… par contre, je crois que ce geste a surpris mes compagnons). J’ai pris ce sachet de poudre mystérieuse pour en analyser le contenu, le journaliste veut tenter de déchiffrer le « journal », et Mlle Kiharu a pris le masque, par contre d’un commun accord nous n’avons pas touché au fric et l’avons remis à sa place.
La journée touchait à sa fin, mais nous avons voulu exploiter la dernière piste que nous avions trouvée : le DBGB club, sans Mlle Kiharu qui a préféré rentrer chez elle. Henry a commencé par téléphoner et est tombé sur une certaine Joanne, qui a refusé de parler de Miho au téléphone (« après ce qu’elle a fait… »). Sur place, on a retrouvé la Joanne en question, dont le physique et la tenue correspondaient assez au lieu : androgyne, portant un long manteau, un maquillage très blanc, les lèvres soulignées au crayon noir. Elle nous a expliqué que Miho est partie avec la marchandise ET le fric de la marchandise, du coup le Seigneur Senjo est en rage. Elle nous a aussi appris que Miho travaillait au club. Peut-être n’ai-je pas bien compris les relations qu’il y avait entre Henry et Miho, mais je me demande vraiment comment il fait pour encaisser aussi stoïquement toutes ces découvertes sur la vie de la demoiselle…
On a fini par réussir à rencontrer le fameux Seigneur Senjo qui lui aussi a le physique et les accessoires de l’emploi : beau, les traits efféminés, les ongles longs sauf le majeur, des bijoux gothiques crochus… plutôt inquiétant, comme type. J’avoue que j’ai été un peu impressionné, et j’ai laissé Henry discuter. On lui a proposé d’arranger le cas Miho : il a accepté de stopper ses limiers si on lui rendait son argent. On est donc allé le chercher à la fac, et quand on le lui a ramené il nous attendait dans une limousine, accompagné d’un certain Toshio, qui aurait retrouvé Miho, mais sans être responsable de son état. (Tu parles ! Heureusement qu’il avait promis d’arrêter ses limiers, sinon comment on l’aurait retrouvée, la petite ?? Faire confiance à une parole de yak, fallait vraiment qu’on n’ait plus d’espoir…). Il nous a donné une photo d’une maison délabrée, au dos une adresse à Minami Senju. Il a refusé de nous accompagner (alors pourquoi nous recevoir dans une voiture ?), et quand Henry lui a demandé ce que faisait Miho au club, il a répondu qu’elle était une cliente, qu’il lui fournissait certains mélanges (et voilà la provenance du sachet de poudre expliquée…).
On est allé en taxi à Minami Senju, et on a retrouvé dans la maison à l’abandon de la photo une Miho inconsciente. Après un examen rapide, j’ai constaté que son état était stable, quoique très faible, et quand l’ambulance que nous avions appelée est arrivée je l’ai accompagnée à l’hôpital (de Shinagawa) ; j’ai laissé au labo une partie de la poudre trouvée dans ses affaires, ça aidera sans doute à faire un diagnostic et puis ça nous donnera une idée précise de ce qu’est cette drogue, car c’en est une, j’en suis persuadé. Le résultat des analyses a confirmé mes soupçons : il s’agit d’une combinaison, agissant par injection, de drogues chimiques extrêmement puissantes ; ce sont des molécules normalement utilisées séparément pour soigner la schizophrénie, mais ici la puissance est ahurissante. Seuls les militaires peuvent obtenir un tel degré de pureté… Dans quel panier de crabes Miho s’est-elle fourrée ? C’est étrange, je ne la connais pas et pourtant l’angoisse qui m’étreint en ce moment est celle d’un frère pour sa sœur… Peut-être est-ce le signe que c’est elle que je cherche, qu’elle est vraiment ma famille ? Pour le moment, elle est dans un état stationnaire, dans un coma très profond, l’encéphalogramme est très faible. Elle a dans le sang des traces de la drogue qu’on a analysée, une trace de piqûre d’aiguille entre deux orteils, quasi indétectable, des écorchures aux poignets, des hématomes sur l’entrecuisse, des traces de viol, et elle a eu des relations sexuelles avec au moins 3 personnes… Que penser ? La nuit est trop entamée pour que je parvienne encore à réfléchir, je vais rester à l’hôpital, on verra bien assez tôt de quoi demain sera fait…
Jour 2
Henry et Mlle Kiharu sont venus me rejoindre à l’hôpital ce matin. L’état de Miho n’a pas évolué… Mlle Kiharu ne semblait pas dans son assiette. Après quelques hésitations typiquement féminines, elle a fini par nous avouer qu’elle a fait un cauchemar cette nuit (et après ? ça arrive à tout le monde, non ?) et nous l’a raconté : une femme au visage fardé comme dans les années 60 et sans aucune expression, disant s’appeler Nozomi, lui a dit de laisser Miho tranquille, de fuir car l’ombre approche : « Miho n’est déjà plus de ce monde ». Les Japonais ont vraiment un étrange rapport avec les histoires de fantômes…
Mlle Kiharu a contacté le lieutenant Matsuya pour lui annoncer qu’on a retrouvé Miho, mais il semblait déjà au courant. Pourtant, il nous a rejoints. Cette fois-ci, j’ai assisté à l’entretien, en tant que médecin suivant le cas de Miho. Après les résultats des analyses de cette nuit, j’ai voulu le pousser un peu dans ses retranchements ; même s’il n’a pas fait de carrière militaire, ce monsieur semble très proche de l’armée, alors j’ai parlé de cette drogue trouvée dans le sang de Miho et de son étrange pureté. Sa réaction m’a déçu : soit c’est un excellent comédien, soit il ne sait vraiment rien et nous nous fourvoyons. Il a paru sincèrement surpris, se demandant même où on pourrait se procurer un tel produit. Mlle Kiharu, elle, a voulu lui parler de son rêve de façon détournée, mais quand elle a évoqué l’ombre, Matsuya nous a mis en garde, c’est un danger pour la santé, la moralité, l’âme, a-t-il dit. Il a senti qu’on lui cachait quelque chose et ne nous dira plus rien librement, il se méfiera ; nous avons commis une erreur, il aurait sans doute été un allié précieux.
J’ai profité d’un peu de temps libre ce matin pour téléphoner à la police pour savoir où en est l’enquête sur Miho. J’ai court-circuité la hiérarchie, du point de vue japonais c’est mal, mais cette pesanteur du système ralentit vraiment tout, et si je pouvais avoir la moindre information, le moindre bout de piste… J’ai seulement appris que l’affaire a été transférée, depuis la découverte de la drogue dans le sang de Miho c’est les stups qui s’en occupent maintenant, leur chef s’appelle Okita… Patience, Anka, patience !!
Dans l’après-midi nous avons décidé de retourner à la maison de Minami Senju, toujours en taxi, Mlle Kiharu semblant ignorer jusqu’à l’existence du train et du métro. Les flics sont passés par là, la maison est tout aussi délabrée qu’hier soir, mais elle a été fouillée, c’est clair : les seringues qui traînaient ont disparu… Chose étrange : la maison est abandonnée, MAIS il y a toujours de l’électricité, et le compteur est un compteur de force ; un câble s’enfonce dans le plancher. Avec une espèce de pied de biche emprunté au taxi on a soulevé le plancher, pour découvrir un trou d’environ un mètre de profondeur, au fond duquel il y avait un sol en acier. Enfin, sol c’est une façon de parler, il y avait comme une porte qu’on a ouverte : une odeur méphitique mais pourtant attirante, de quelque chose en décomposition, a assailli nos narines. Une échelle descendait sur environ 2 mètres dans une salle étroite ; le sol en était émaillé, des casiers couvraient les murs. Avec le journaliste nous sommes descendus : l’air était raréfié, il y avait des propulseurs d’azote en marche. C’est sans doute pour eux que le compteur fonctionne, et en effet, quand Mlle Kiharu a coupé le courant, la propulsion d’azote s’est arrêtée aussi. Par terre, une grosse boîte en fer, couvercle ouvert posé en travers, couverte de poussière ; à l’intérieur, une substance semi translucide verdâtre et visqueuse. Tous les casiers sur les murs étaient vides.
Sur la boîte, le mon de la famille impériale est gravé, ainsi que des kanji très difficiles. Quand on les a montrés a Mlle Kiharu, elle nous a dit que ça se lisait Kempeitai (憲兵隊), que c’était la police politique japonaise, mais qu’elle a été dissoute après la défaite en 45. J’ai fait un prélèvement de la substance pour l’analyser, on a fermé le couvercle et pris la boîte, puis on est ressorti et on a refermé, en camouflant du mieux possible les traces de notre passage.
Quand on est parti de la maison, j’ai remarqué sur le bas-côté une vieille Mitsubishi grise immatriculée à Tokyo avec dedans un type aux cheveux teints en blond et en bras de chemise, qui semblait ne pas être à sa place dans le paysage. Très peu de temps après que le taxi a démarré, il y a eu un choc, le taxi venait de percuter un poteau. En me retournant, j’ai vu le soleil se refléter comme sur une lunette de fusil : on nous tirait dessus depuis la voiture grise ! C’est à ce moment que j’ai senti l’odeur d’essence : ce tueur voulait nous carboniser. Heureusement, nous avons eu le temps de sortir de la voiture (le chauffeur et Henry étaient un peu groggy alors je les ai aidés) et de commencer à nous en éloigner avant que la voiture n’explose. Le tueur continuait de nous tirer dessus, mais le soleil couchant qui nous faisait face a dû le gêner, nous avons pu nous réfugier dans une cimenterie proche de là sans qu’il nous touche. Dans des moments comme ça je suis toujours content de ne jamais quitter ma trousse de médecin, j’ai pu soigner les bobos des uns et des autres, Henry était plutôt amoché après son vol plané dans le pare-brise… Et puis son portable a sonné, la voix d’une femme inconnue lui a dit en anglais (mais avec un accent français) qu’il pouvait être repéré avec son portable, qu’un ami nous attendait à l’intérieur de la cimenterie. J’ai essayé de m’en rapprocher discrètement pour m’assurer que ce n’était pas un piège, mais le type de la Mitsubishi continuait de tirer, et m’a blessé à l’épaule droite. C’est à ce moment-là qu’une voiture noire européenne est arrivée de la cimenterie, s’est mise entre nous et le tireur, et que le jeune homme au volant nous a fait signe de monter. Pas le temps de réfléchir, ami ou ennemi, pour le moment il était celui qui nous venait en aide… Une fois assis à l’abri dans la voiture, nous avons eu davantage le loisir d’observer notre chauffeur et sauveur : très jeune, environ 18 ans, et pourtant une conduite souple et sportive, parfaitement maîtrisée. Un appel téléphonique était en stand-by sur le poste de la voiture, il nous a fait signe de répondre ; c’est Kiharu qui a décroché, mais le haut-parleur était branché : c’était une femme à l’autre bout du fil, la même que celle qui avait téléphoné à Henry, mais elle parlait en japonais cette fois :
Vous avez déplu à une certaine faction de la ville qui souhaite se débarrasser de vous. Le Seigneur Senjo n’est pas connu pour sa subtilité. Je me nomme Cassandre ; Shigero vous conduit près de moi.
Allons bon ! Nous voilà pris dans une guerre des gangs ? Bon sang, que trafiquait donc Miho ?!
On a roulé assez vite, mais sans aucun arrêt ni bouchon ; pourtant Tokyo n’est pas connue pour la fluidité de sa circulation en début de soirée… Nous sommes arrivés à proximité de la gare de Tokyo, entrés directement dans un parking. Quand on est sortis de voiture, on a découvert à quel point le nommé Shigero était beau et parfait, tout en lui semblait mesuré et contrôlé. Trop, même, c’en était dérangeant. L’ascenseur que nous avons emprunté nous a conduit directement dans l’appartement du dernier étage, dans lequel étaient exposées des œuvres d’art assez bien mises en valeur, dont plusieurs portait de la même femme blonde : nous avons rapidement découvert qu’il s’agissait de notre hôtesse. Elle nous a fourni des vêtements propres, nous a nourris, nous a donné accès à un bloc opératoire privé (quel matériel, whaou, un véritable hôpital de campagne !) où avec l’aide de Shigero j’ai achevé de soigner tout le monde avant de le laisser s’occuper de mon épaule. Il n’était pas encore trop tard pour que je prévienne l’hôpital du contretemps de l’accident m’empêchant d’assurer ma garde de la nuit, elle sera reportée.
Mais pourquoi une telle hospitalité de la part de Cassandre ? Parce que le Seigneur Senjo veut notre peau ? La raison me semble insuffisante. Elle a commencé par nous parler de Miho, de façon plutôt évasive : Votre amie était fascinée par les secrets, elle en a déterré un de trop. (oui, mais lequel ? parce que nous, c’est pas un seul mystère qu’on a débusqué depuis qu’on cherche autour de Miho…) Elle nous a également parlé d’objets qui ne sont pas de ce monde, comme le contenu de cette boîte ou une certaine poudre blanche… Mais comment est-elle au courant ? Nous ne lui avons rien montré, rien dit !!
Les mystères s’accumulent et je tombe de sommeil, peut-être Cassandre nous en dira davantage demain après une bonne nuit de repos. Les autres dorment déjà, je ferais bien de les imiter.
Jours 5-6
RAS… À tout hasard, j’ai envoyé un e-mail avec la formule chimique de la drogue trouvée dans le sang de Miho à un collègue psychanalyste autrichien qui donne des cours à l’université de Keio. Nous avons plusieurs fois échangé de l'aide sur des cas médicaux délicats, et je pense que c'est quelqu'un de confiance ; j'attends sa réponse avec impatience !
Jour 7
Il semble que des feuillets aient été égarés...
Nuit 18
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