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Exil : Sam 14 avril (FR)

Livres et documents

Lundi 20 mars 2006

La SFO a trouvé il y a peu ce journal. 
Après enquête, la propriétaire de ce journal est partie à l’étranger, après un long séjour à l’hôpital, dans le coma.


Mon journal

 
Août, le 27
« Je suis revenue aujourd’hui même de mon année en Europe et je dois dire que le Japon me paraît presque étranger maintenant. C’est une indicible sensation que de se sentir étrangère en son propre pays. De plus Henry est toujours à Paris et je ne sais pas s’il pourra revenir au Japon pour y travailler, ce qui n’est pas fait pour me remonter le moral. J’espère en tout cas… »
 
Le 31,
« J’ai passé la fin des vacances à dormir le jour et vivre la nuit à cause du décalage. C’est une période plutôt triste. J’ai essayé d’appeler Henry mais je ne l’ai pas eu. Il me manque tant, et je m’ennuie sans lui. J’espère que la fac et un peu d’activité va chasser cette langueur. »
 
Septembre, le 1er
« J’ai eu Henry au téléphone. Il est rentré à Osaka et il m’a dit qu’il a peut-être trouvé la possibilité de venir travailler à Tokyo. Le magazine pour lequel il travaille cherche un correspondant dans la Capitale et puisqu’il parle japonais, il devrait pouvoir venir ici pour quelques temps ! J’ai prié au temple aujourd’hui pour qu’il puisse venir. Demain c’est le début des cours, j’ai hâte d’y être… »
 
Le 2,
« Voilà, j’ai repris les cours à Sophia ! Le programme m’a l’air plutôt chargé mais ça me fait du bien d’avoir à penser à autre chose qu’à Henry. »
 
Le 25,
« Que de choses se sont passées en trois semaines ! Je rencontre plein de personnes différentes depuis la rentrée, que ce soit à l’université ou en dehors. Des gens fascinants. A propos de gens fascinants, Henry arrive début décembre ! Je suis si heureuse et impatiente. »
 
Novembre, le 7
« Nobukasu San semble être un puits de connaissances sans fin, et je commence à me dire qu’il me plaît. Je n’oublie pas Henry mais je ressens quelque chose de vraiment différent chez Nobu. Je ne saurais pas l’expliquer par contre. »
  
Le 9,
« Henry a téléphoné. Nous avons discuté au moins une heure. Je me suis aperçue seulement après que pendant tout ce temps là, j’avais inconsciemment écrit au moins une trentaine de fois le nom de Nobukasu sur une feuille de papier. J’avoue que je suis un peu perdue dans ma tête. »
 
Le 15,
« Je suis si heureuse que Nobu ait accepté de prendre ce café devant la Fac… Nous avons parlé des heures. Finalement il me rappelle Henry sur certains côtés. Il peut parler de tout et n’importe quoi sans problèmes.»
 
Décembre, le 3
« Henry arrive demain. Je ne sais pas comment je réagirai devant lui. Je l’aime toujours, mais maintenant il y a Nobu… »
 
Le 17,
« Finalement tout s’est bien passé avec Henry. D’un commun accord nous avons décidé de ne pas habiter ensemble, comme à Paris. Lui parce qu’il doit se concentrer perpétuellement pour ses recherches et moi parce que…
Henry a toujours ce côté un peu froid qui lui est si propre, comme ces types qui jouent au poker dans les films, et si avant ça me plaisait, maintenant ça m’agace un peu. On ne se voit guère que deux ou trois fois par semaines, ne serait-ce que pour faire l’amour et pour parler de choses et d’autres. Mais j’ai la tête ailleurs. Oh ! Pardonne moi Henry ! La chair est si faible…»
 
Le 23,
« Je me suis disputée avec Henry. Je crois qu’il perçoit ce non-dit dans l’air quand je suis avec lui. J’espère qu’il ne se doute pas que Nobukun est souvent fourré chez moi. Cette situation me pèse… Je songe sérieusement à déménager, j’ai trop peur qu’ Henry ne débarque à l’improviste.»
 
Le 30,
« Je me suis documentée pour mon éventuel déménagement. Je pense que j’ai trouvé quelque chose vers Shinagawa. Ca me rallonge de la fac mais ça m’éloigne de chez Henry. Je trouverai bien une excuse pour expliquer cette « fuite ». J’ai un peu d’argent de côté, mais je crois que tout va y passer. »
 
Janvier
« Henry m’a présenté une Geisha. Elle s’appelle Kiharu et elle a accepté de me donner des cours. »
 
« J’ai commencé les cours avec Kiharu, cela me fait du bien et elle est si gentille avec moi ! Je n’en ai pas parlé à Henry, je ne sais pas pourquoi je lui cache tant de choses. »
 
Février, le 12
« Voilà, j’ai emménagé dans mon nouvel appartement. Il est plus petit mais je me sens mieux finalement. Nobukun m’a aidée pour le déménagement, mais je l’ai senti très fatigué, plus que d’habitude, et moins loquace aussi. On aurait dit qu’il avait passé une semaine sans dormir. J’espère que c’est passager. Je n’ai pas encore dit à Henry que j’avais changé d’adresse. »
 
Le 18,
« Nobu Kun est devenu distant, je n’y ai pas fait attention au début, mais il s’éloigne de moi. Même quand nous sommes ensemble, il est ailleurs, il n’écoute plus, il ne parle presque plus… Seules ses recherches semblent encore captiver son attention ; elles le poussent à ne plus dormir, il étudie la nuit et donne ses cours le jour. Il refuse de m’en parler mais je sais qu’il y a quelqu’un d’autre. Je l’ai suivi jusque dans les sous-sols de l’Université. J’ignorais que de tels souterrains existaient, ou plutôt qu’ils étaient aussi facilement accessibles par n’importe qui. Et il y avait cette fille... Je ne sais pas quoi faire… Je ne comprends plus rien.»
 
Le 20,
« J’ai fait un mauvais rêve. Je marchais dans des couloirs. Tout était sombre et froid et puis j’ai vu... Je ne sais pas, il y avait une sorte de présence muette qui a tenté de se jeter sur moi, sortie de nulle part. Je me suis réveillée en sueur. Qui était cette ombre ? Henry ? Nobu ? Cette fille ? Je crois que je devrais faire le point sur ces derniers jours. Tout va trop vite subitement. »
 
Le 22,
« Encore ce rêve. Je suis toujours dans ce lieu clos et il y a toujours cette ombre. J’ai peur de m’endormir… »
 
Le 28,
« J’ai refait le même rêve que la semaine dernière, mais cette fois je ne suis pas sûre que j’étais au même endroit. J’étais seule et je me sentais poursuivie, mais je ne sais pas par qui ! Ou par quoi… Oh ! Je ne sais pas ce qui m’arrive, je sens que je vais craquer.
Je n’ai pas vu Henry depuis deux semaines depuis qu’il est parti se documenter je ne sais où pour son article. Dès qu’il revient, j’essaierai de lui demander ce qu’il en pense.»
 
Mars, le 3
« Ce rêve encore, toujours ce lieu. Maintenant je suis sûre qu’il existe, quelque part dans Tokyo un lieu froid et sombre, où nul ne peut vivre et où nulle création n’est possible. Un lieu de mort. C’est lui qui alimente les rêves que je fais et qui cherche à me voler mon âme. Mais pourquoi moi ?
En me relisant, j’ai l’impression d’être devenue folle…»
 
Le 9,
« Henry est revenu mais je ne lui ai rien dit finalement. Notre relation est de plus en plus froide. Je crois qu’il faudrait que nous fassions une pause.
J’ai encore rêvé, mais je fais tout pour oublier. »
 
Le 12,
« Voilà c’est fini, enfin pour un moment. Henry avait l’air triste mais je pense que c’est mieux comme ça. On se reverra de temps en temps, mais j’ai la tête trop encombrée pour continuer avec lui… Ce n’est pas de sa faute…»
 
Avril, le 2
« Je suis allée voir un docteur au sujet de mes rêves. Il m’a donné quelques poudres et conseillé de prendre des vacances. »
 
Le 6,
 « Je suis retournée dans mon cauchemar, seulement j’y ai vu un être différent. Il n’a pas de visage et ne semble pas appartenir à ce monde, un peu comme moi. »
 
Le 15,
« Rien à faire, les rêves reviennent. Je suis sûre qu’il y a quelque chose, un sens derrière tout ça. Je dois me rendre à l’évidence ; les drogues que le docteur m’a données sont inefficaces. »
 
Mai, le 5
« Je ne sais pas ce qui m’arrive. Je me retrouve à errer dans les rues les plus sombres, j’écoute complaisamment les propositions les plus grotesques. Ce n’est même pas pour de l’argent, même si j’en gagne beaucoup. C’est comme un besoin de me salir. Je me réveille en larmes, salie par ces hommes et leurs désirs ignobles, mais au moins pendant une heure, pendant une nuit, je sais que je ne rêverai pas, que mon cauchemar ne sera que physique. Enfin j’espère.»
 
Le 12,
« J’ai augmenté les doses de prozac. Ca ne m’empêche pas vraiment de faire ces rêves mais au moins cela émousse la douleur comme une énorme boule de coton que l’on vous fourrerait dans la bouche. Plus moyen de crier avec ça. »
 
Le 15,
« Il y a quelque chose, quelque chose d’effrayant qui cherche à m’atteindre. Cette ombre me veut. Elle vise mon âme. »
 
Le 19,
« Je ne peux pas rester comme ça. Une amie m’a indiqué un club, à Shibuya. Elle m’a dit qu’on y vendait ce dont j’avais besoin. Je pense que je vais basculer dans un autre monde. De toute façon je sens qu’il est trop tard… Quoique…»
 
Juin, le 1er
« Je me suis finalement décidée il y a quelques jours à me rendre dans ce club. On m’a donné ce que je voulais. Enfin ce dont je semblais avoir besoin.
J’ai un goût de sang dans la bouche mais Baku dit que ça fait toujours comme ça la première fois. Les autres filles me regardent bizarrement, elles se demandent ce que je cherche, pourquoi je fonce tête baissée alors qu’elles essayent toutes de décrocher. »
 
Le 10,
« J’ai trouvé un équilibre, une paix. Je dors comme sous une douce couette de neige poudreuse. J’ai froid. »
 
Le 12,
« Je suis retourné au SluG.er, j’en ai besoin. »
 
Le 17,
« J’ai à nouveau rêvé, mais cette fois la drogue fait partie du problème. Je ne peux pas fuir. »
 
Juillet
« Toujours ces rêves »
« L’Homme sans Visage m’a parlé, je ne me souviens plus de ses mots mais seulement du sens : il existe un lieu à Tokyo où je peux trouver un talisman qui aveugle l’ombre. »
« J’ai trouvé ! C’est une librairie dans Kanda devant laquelle j’ai dû passer des dizaines de fois par le passé. Je ne savais pas quoi dire mais le vieux monsieur a de lui-même sorti ce papier circulaire bizarre de sous son comptoir. Il m’a demandé en échange mon journal et a accepté de me laisser du temps pour en faire une copie. »
 
« J’ai profité de devoir recopier mon journal pour le coder. J’ai opté pour une transcription en démotique, je doute que cela soit déchiffrable, ou même reconnaissable, au premier coup d’œil. »
 
« J’ai le talisman. Il a la forme d’un disque. Le papier est marqué de larges caractères à l’encre rouge et il y a comme une silhouette en filigrane. »
 
« Je dois absolument diminuer la came si je veux arriver à m’en sortir. Une fille m’a donné des boites de neocodion, c’est naze mais ça me sert à tenir. J’essaye aussi de ne pas aller au club. »
 
« Je dois faire des recherches. Nobukasu San aurait pu m’aider mais je n’ose pas lui demander. J’ai empruntéà la bibliothèque tout ce que j’ai pu trouver ressemblant un minimum aux caractères du talisman, sans succès. Quel genre de langue cela peut-il être ? »
 
« Je suis retournée dans le théâtre d’ombre et le talisman semble fonctionner. J’ai trouvé l’Homme sans Visage et il m’a parlé. Il est prisonnier et pourtant il semble plus libre que moi qui peux sortir de ce monde de cauchemar. Qui est-il ? Je crois qu’il ne s’en souvient pas lui-même. »
 
Août
« Je suis heureuse que personne n’ait vraiment remarqué ce qui m’arrivait. Je crois que j’ai épuisé toutes les excuses possibles : examens, recherches, problèmes dans la famille. Mais maintenant je crois qu’il est grand temps que j’en parle à quelqu’un. Mais à qui ? Henry ? Il est incapable de comprendre. Il me reproche déjà trop de choses, et puis il me fera la morale et c’est la dernière chose dont j’ai envie. Haruki Sensei ? Je ne supporterais pas de perdre son estime. »
 
« La fille du club m’a parlé d’un certain Koga Naoki. Il appartient à une famille rivale des Tsubaki et elle m’a conseillé être prudente. »
 
« Je ne sais pas ce qui m’a pris mais j’ai suivi Koga San dans un club de Roppongi pour voir son « Seigneur ». Je ne sais pas pourquoi mais je suis restée toute la nuit, à regarder ce type « jouer » avec les clients. »
 
« Koga San a la drogue. Je dois la chercher ce soir »
 
« Seigneur Senjo m’a demandé de rester un peu plus. Il m’a laissé avec les clients et j’ai fait ce qu’ils m’ont demandé. Ca me dégoûte et m’attire à la fois ».
 
« La drogue me permet de contrôler mon état émotionnel, donc mes rêves. »
 
« Je croyais avoir trouvé un équilibre, mais ce n’étais que de la lâcheté, la terreur est toujours là, tapie. Je dois trouver la force de l’affronter, si je ne le fais pas je vais devenir folle. »
  
« J’arrive à plonger de plus en plus profond, et avec le talisman l’ombre ne peut pas me voir. »
 
« Encore au DBGB. Joanne prétend que je suis une maîtresse formidable, je ne sais pas quoi dire. »
« L’ombre me perçoit. Elle ne me voit pas mais elle me perçoit, j’en suis sûre. ».
 
« Je n’arrive pas à aller plus loin dans le cauchemar, il y a comme une membrane qui me retient. La vérité est derrière, je le sais. Je dois atteindre le cœur de l’horreur. Je dois comprendre.
 
12 Septembre,
« Je viens de voir ce militaire nommé Matsuya, nous avons longuement parlé et il m’a raconté son histoire. Il est si déterminé et si faible à la fois, c’en est presque attendrissant. Il faudrait que j’écrive son histoire dans ce journal mais j’ai peur qu’il soit déjà trop tard. Il y a un an, peut être, il aurait pu me sauver, me sortir de ce monde de cauchemars et d’ombres mais là il est trop tard. Son histoire en Indochine m’a pourtant donné le courage de me battre et d’affronter l’ombre. Je vais retirer le talisman et combattre mes démons »
 
« J’ai décidé de cacher mon journal, je ne sais pas ce qu’il va advenir de moi, ou plutôt je ne le sais que trop bien. Ce que j’ai découvert doit être mis à l’abri mais je ne sais pas encore où. Comment cacher quelque chose à cette ombre qui est dans mes rêves et dans mes cauchemars ? »
 
« J’ai demandéau Seigneur Senjo une drogue plus puissante. Il peut me fournir ça, mais le prix est exorbitant. »
 
14 Septembre,
« Henry m’a présenté un prêtre exorciste qui m’a donné les réponses que j’attendais. Je suis sûre de moi désormais. Il ne semble pas l’avoir réalisé mais il m’a donné la solution pour cacher mon journal et le reste : le talisman est suffisamment puissant pour masquer un objet de la taille d’une main, cela devrait être suffisant pour cacher la clef de mon casier. Si quelqu’un la recherche, il devra être, comment dire, humain, oui, humain pour la trouver. »
 
« J’ai la drogue. D’après Koga San c’est un produit militaire et il me garanti que c’est ce que j’ai demandé. De toute manière j’en aurai la confirmation ce soir. »
 
15 Septembre
« Je reniais l’idée de la mort comme si elle n’était que perte et annihilation. Je ne saurais l’expliquer mais brutalement l’idée de ma mort ne me fait plus du tout peur. Je suis prête. »
 
Par Marion
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Mercredi 22 mars 2006

La SFO a trouvé ce journal il y a peu. Il est écrit à la main sur des feuilles volantes retenues ensemble par un simple trombonne, ce qui explique peut-être qu’il manque certains feuillets… L’analyse de ce journal par les agents de la SFO est en cours.


Début octobre

   Ça fait déjà 8 mois que je suis au Japon, et ce n’est qu’aujourd’hui que je me suis enfin décidé à commencer des recherches sérieuses sur ma famille. Avant de quitter le Pérou j’avais essayé de trouver dans le bureau de mon père des documents susceptibles de m’aider dans mes recherches. Je me souviens des médailles et autres décorations qu’il aimait me montrer quand j’étais gosse, mais tout a disparu, je ne sais pas ce qu’il a fait de tout ça, impossible de mettre la main sur quoi que ce soit, même dans ses cachettes favorites à la maison. Je n’ai trouvé qu’une photo, c’est ténu comme point de départ : une femme en kimono devant un temple, je crois que c’est celui d’Asakusa, avec deux enfants d’une dizaine d’années, un garçon et une fille. Je jurerais presque que le garçon est mon père ; ça remonte donc à longtemps… Au dos, le nom : Nogawa Hanako, rien d’autre.
   Je me suis donc décidé à aller à Asakusa cet après-midi. C’est bien là que la photo a été prise. Après avoir un peu tourné sans rien trouver, j’ai demandé de l’aide à un prêtre. En observant la photo à la loupe il a reconnu le mon sur le kimono de la femme : une fleur de kiku, mon de la famille Nogawa. 
  En errant dans le cimetière du temple j’ai trouvé sur une tombe ce même mon. Avec l’aide du même prêtre, à partir des noms posthumes gravés sur la tombe (il y en a deux),  nous avons identifié Nogawa Hanako et Suzuki Chihiro, sa petite-fille morte à l’âge de 45 ans il y a 3 ans ; le registre a été signé par sa fille, Suzuki Miho, résidant à Shinagawa. Ça pourrait correspondre… en tout cas mon père avait dans ses documents des papiers faisant référence à ce quartier. 
  
C’est près de chez moi et de l’hôpital où je travaille, demain j’irai voir cette Miho, peut-être m’apprendra-t-elle quelque chose sur ma famille… Quoique si sa mère est morte à l’âge de 45 ans, elle doit être encore bien jeune, saura-t-elle quelque chose ? Si je me fie à mon intuition et que la femme de la photo est ma grand-mère et les enfants frère et sœur, alors Miho serait… ma petite cousine ? Pourtant nous devons avoir à peu près le même âge... Mon père est si vieux…

Jour 1 

    Beaucoup de choses se sont passées aujourd’hui, je profite d’un peu de répit à l’hôpital pour essayer de tout consigner par écrit, j’ai peur d’oublier des détails importants. 
  
Comme je l’avais prévu hier, je suis allé rendre visite à Mlle Suzuki cet après-midi en sortant de l’hôpital. Elle n’était pas là, pourtant j’ai trouvé la porte ouverte, l’appartement était dévasté. Deux personnes étaient sur place, un jeune homme d’une vingtaine d’années au crâne rasé et une très belle femme d’une trentaine d’années : eux aussi cherchaient Miho. D’après ce que j’ai compris, la femme, qui s’est présentée par son seul prénom, Kiharu, était son professeur. Je ne sais pas très bien ce qui liait l’autre à Miho, mais il a l’air de s’intéresser à l’occultisme. Un prêtre ? Ça pourrait expliquer son crâne rasé. Ils ont eu l’air un peu étonnés de ma présence, mais n’ont pas beaucoup posé de questions, ça m’arrange, la base de mes recherches généalogiques est si mince qu’elle pourrait paraître ridicule. Presque en même temps que moi, est arrivé un autre homme, journaliste, qui semble être très proche de Miho. Apparemment, elle n’a donné signe de vie à personne depuis 15 jours, et ils sont tous très inquiets. Si près du but de trouver des réponses à l’histoire de ma famille, je ne lâcherai pas l’affaire, je veux la retrouver.
  
L’appart a été fouillé et mis à sac. En cherchant à notre tour,  on a trouvé une clef de casier ou de consigne cachée derrière le frigo, avec un numéro. En recomposant le dernier numéro de téléphone appelé, on est tombé sur une compagnie du nom de "DBGB", jamais entendu parler… Dans les pages jaunes, la seule entrée équivalente correspond à un club à Roppongi. Dans la boîte aux lettres qui débordait il y avait un courrier de la fac de Sophia et une lettre calligraphiée au pinceau. Mlle Kiharu l’a ouverte : l’auteur en était un certain lieutenant Matsuya, s’inquiétant du silence de Miho et lui redonnant son adresse au Keio Plazza à Shinjuku  (ben voyons ! En voilà un qui a les moyens…) au cas où elle voudrait le joindre. Pas grand-chose d’autre à tirer de cet appart dévasté, il faut chercher ailleurs… 
   Le quartier grouillait de flics, il paraît qu’il y a une affaire d’enlèvements de lycéennes. Le journaliste s’y est un peu intéressé, mais j’avoue qu’il y avait plus pressé… 
  
À la gare de Shinagawa, on a cherché les consignes, mais les numéros des casiers là-bas ne sont pas assez grands. On a demandé à un employé de la gare, qui a fini par nous dire que ce type de clefs n’est pas utilisé sur les lignes JR. Mais on a failli se faire pincer, tout le monde est nerveux ici à cause de cette histoire d’enlèvements, et sans la présence d’esprit de Mlle Kiharu, je pense qu’on pouvait dire adieu à notre précieuse petite clef…
  
Puisqu’on a fait chou blanc avec les consignes de la gare, on est allé à Shinjuku où Henry (le journaliste) et Mlle Kiharu ont réussi à rencontrer le lieutenant Matsuya. Ils ont discuté longuement au bar de l’hôtel, Hanzo et moi avons préféré nous faire discrets et sommes restés à une table proche pour ne pas perdre un mot de la conversation. Matsuya a une prothèse à la main droite et à la question de Mlle Kiharu sur sa carrière militaire, il a répondu ne pas en avoir fait. Pourtant il porte le titre de lieutenant, étrange… Il a expliqué à Henry et Mlle Kiharu que Miho l’a contacté il y a une dizaine de jours, après avoir lu un article qu’il avait écrit ; ils ont parlé de leurs craintes. Le journaliste l’a fait parler sur son expérience militaire, en 1941 au Vietnam à Danang, où après avoir chassé avec son bataillon un groupe de montagnards puis été chassé par eux, il a assisté à l’écorchage à vif de ses camarades, apparemment un rituel pour entrer en contact avec l’esprit de la colline. Il a eu l’impression de lutter contre une entité, et au matin s’est réveillé la main droite coupée, sa main gauche tenant toujours la machette. Tous ses compagnons étaient morts, les ennemis dormaient après l’orgie de la nuit, il a eu accès à la radio et aux cartes permettant de se localiser et de contacter les troupes japonaises qui ont bombardé le lieu. Sinistre histoire… Mais ce lieu semble lié au mystère, car plus tard pendant le guerre du Vietnam, sur cette même colline ont eu lieu des événements étranges et des massacres de bataillons entiers : Hamburger Hill.
  
Le lieutenant Matsuya est persuadé que l’entité qu’il a combattue à cette époque plane maintenant sur Tokyo, mais il n’a pas justifié son intuition. Moi je ne vois pas trop pourquoi un monstre vietnamien aurait soudain envie de changer d’horizon géographique. Miho, elle, lui a parlé d’un lieu qu’elle redoute particulièrement, qu’elle nomme "le Théâtre d'Ombres ",  et qu’elle n’a vu qu’en rêve.
   N
ous sommes ensuite allés à la fac de Sophia. En chemin, on a ouvert la lettre trouvée dans la boîte de Miho, et on y a trouvé la nouvelle carte de bibliothèque de Miho suite à la perte de l’ancienne. Du coup, c’est par là que nous avons commencé les recherches. Bien nous en a pris car à la bibliothèque, on est tombé sur des casiers dont l’un avait le même numéro que la clef ; après essai, il s’est ouvert. On y a trouvé un sac de sport, que par prudence on a ouvert aux toilettes : il était plein de liasses de billets, beaucoup de liasses, avec aussi un livre noir relié de cuir et une boîte en bois blanc dans laquelle il y a un masque du genre de ceux qu’utilisent les acteurs de no pour un personnage féminin, mais Mlle Kiharu (qui a l’air de s’y connaître en arts japonais, soit dit en passant) dit qu’il ne correspond à aucun personnage traditionnel du no. Au dos de la boîte, très ancienne, est écrit Kai jin bo (ah ! ces kanji, toujours aussi difficiles à lire…). D’après Hanzō, c’est un démon masculin très barbu, le visage rouge, souvent représenté avec un marteau à la main et devant une forge. Rien à voir avec ce qu’on avait sous les yeux… Pour ce qui est du livre, il semble que ce soit un journal chiffré. Y était accroché un sachet contenant une poudre blanche (réflexe professionnel, j’ai testé, mais ça ne ressemblait pas à de la coke ni à de l’héroïne… par contre, je crois que ce geste a surpris mes compagnons). J’ai pris ce sachet de poudre mystérieuse pour en analyser le contenu, le journaliste veut tenter de déchiffrer le « journal », et Mlle Kiharu a pris le masque, par contre d’un commun accord nous n’avons pas touché au fric et l’avons remis à sa place.
  
La journée touchait à sa fin, mais nous avons voulu exploiter la dernière piste que nous avions trouvée : le DBGB club, sans Mlle Kiharu qui a préféré rentrer chez elle. Henry a commencé par téléphoner et est tombé sur une certaine Joanne, qui a refusé de parler de Miho au téléphone (« après ce qu’elle a fait… »). Sur place, on a retrouvé la Joanne en question, dont le physique et la tenue correspondaient assez au lieu : androgyne, portant un long manteau, un maquillage très blanc, les lèvres soulignées au crayon noir. Elle nous a expliqué que Miho est partie avec la marchandise ET le fric de la marchandise, du coup le Seigneur Senjo est en rage. Elle nous a aussi appris que Miho travaillait au club. Peut-être n’ai-je pas bien compris les relations qu’il y avait entre Henry et Miho, mais je me demande vraiment comment il fait pour encaisser aussi stoïquement toutes ces découvertes sur la vie de la demoiselle…
  
On a fini par réussir à rencontrer le fameux Seigneur Senjo qui lui aussi a le physique et les accessoires de l’emploi : beau, les traits efféminés, les ongles longs sauf le majeur, des bijoux gothiques crochus… plutôt inquiétant, comme type. J’avoue que j’ai été un peu impressionné, et j’ai laissé Henry discuter. On lui a proposé d’arranger le cas Miho : il a accepté de stopper ses limiers si on lui rendait son argent. On est donc allé le chercher à la fac, et quand on le lui a ramené il nous attendait dans une limousine, accompagné d’un certain Toshio, qui aurait retrouvé Miho, mais sans être responsable de son état. (Tu parles ! Heureusement qu’il avait promis d’arrêter ses limiers, sinon comment on l’aurait retrouvée, la petite ?? Faire confiance à une parole de yak, fallait vraiment qu’on n’ait plus d’espoir…). Il nous a donné une photo d’une maison délabrée, au dos une adresse à Minami Senju. Il a refusé de nous accompagner (alors pourquoi nous recevoir dans une voiture ?), et quand Henry lui a demandé ce que faisait Miho au club, il a répondu qu’elle était une cliente, qu’il lui fournissait certains mélanges (et voilà la provenance du sachet de poudre expliquée…).
  
On est allé en taxi à Minami Senju, et on a retrouvé dans la maison à l’abandon de la photo une Miho inconsciente. Après un examen rapide, j’ai constaté que son état était stable, quoique très faible, et quand l’ambulance que nous avions appelée est arrivée je l’ai accompagnée à l’hôpital (de Shinagawa) ; j’ai laissé au labo une partie de la poudre trouvée dans ses affaires, ça aidera sans doute à faire un diagnostic et puis ça nous donnera une idée précise de ce qu’est cette drogue, car c’en est une, j’en suis persuadé. Le résultat des analyses a confirmé mes soupçons : il s’agit d’une combinaison, agissant par injection, de drogues chimiques extrêmement puissantes ; ce sont des molécules normalement utilisées séparément pour soigner la schizophrénie, mais ici la puissance est ahurissante. Seuls les militaires peuvent obtenir un tel degré de pureté… Dans quel panier de crabes Miho s’est-elle fourrée ? C’est étrange, je ne la connais pas et pourtant l’angoisse qui m’étreint en ce moment est celle d’un frère pour sa sœur… Peut-être est-ce le signe que c’est elle que je cherche, qu’elle est vraiment ma famille ?       Pour le moment, elle est dans un état stationnaire, dans un coma très profond,  l’encéphalogramme est très faible. Elle a dans le sang des traces de la drogue qu’on a analysée, une trace de piqûre d’aiguille entre deux orteils, quasi indétectable, des écorchures aux poignets, des hématomes sur l’entrecuisse, des traces de viol, et elle a eu des relations sexuelles avec au moins 3 personnes… Que penser ? La nuit est trop entamée pour que je parvienne encore à réfléchir, je vais rester à l’hôpital, on verra bien assez tôt de quoi demain sera fait…

Par Marion
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Mercredi 22 mars 2006

Jour 2

  
Henry et Mlle Kiharu sont venus me rejoindre à l’hôpital ce matin. L’état de Miho n’a pas évolué… Mlle Kiharu ne semblait pas dans son assiette. Après quelques hésitations typiquement féminines, elle a fini par nous avouer qu’elle a fait un cauchemar cette nuit (et après ? ça arrive à tout le monde, non ?) et nous l’a raconté : une femme au visage fardé comme dans les années 60 et sans aucune expression, disant s’appeler Nozomi, lui a dit de laisser Miho tranquille, de fuir car l’ombre approche : « Miho n’est déjà plus de ce monde ». Les Japonais ont vraiment un étrange rapport avec les histoires de fantômes…
  
Mlle Kiharu a contacté le lieutenant Matsuya pour lui annoncer qu’on a retrouvé Miho, mais il semblait déjà au courant. Pourtant, il nous a rejoints. Cette fois-ci, j’ai assisté à l’entretien, en tant que médecin suivant le cas de Miho. Après les résultats des analyses de cette nuit, j’ai voulu le pousser un peu dans ses retranchements ; même s’il n’a pas fait de carrière militaire, ce monsieur semble très proche de l’armée, alors j’ai parlé de cette drogue trouvée dans le sang de Miho et de son étrange pureté. Sa réaction m’a déçu : soit c’est un excellent comédien, soit il ne sait vraiment rien et nous nous fourvoyons. Il a paru sincèrement surpris, se demandant même où on pourrait se procurer un tel produit. Mlle Kiharu, elle, a voulu lui parler de son rêve de façon détournée, mais quand elle a évoqué l’ombre, Matsuya nous  a mis en garde, c’est un danger pour la santé, la moralité, l’âme, a-t-il dit. Il a senti qu’on lui cachait quelque chose et ne nous dira plus rien librement, il se méfiera ; nous avons commis une erreur, il aurait sans doute été un allié précieux. 
   J’ai profité d’un peu de temps libre ce matin pour téléphoner à la police pour savoir où en est l’enquête sur Miho. J’ai court-circuité la hiérarchie, du point de vue japonais c’est mal, mais cette pesanteur du système ralentit vraiment tout, et si je pouvais avoir la moindre information, le moindre bout de piste… J’ai seulement appris que l’affaire a été transférée, depuis la découverte de la drogue dans le sang de Miho c’est les stups qui s’en occupent maintenant, leur chef s’appelle Okita… Patience, Anka, patience !! 
  
 Dans l’après-midi nous avons décidé de retourner à la maison de Minami Senju, toujours en taxi, Mlle Kiharu semblant ignorer jusqu’à l’existence du train et du métro. Les flics sont passés par là, la maison est tout aussi délabrée qu’hier soir, mais elle a été fouillée, c’est clair : les seringues qui traînaient ont disparu… Chose étrange : la maison est abandonnée, MAIS il y a toujours de l’électricité, et le compteur est un compteur de force ; un câble s’enfonce dans le plancher. Avec une espèce de pied de biche emprunté au taxi on a soulevé le plancher, pour découvrir un trou d’environ un mètre de profondeur, au fond duquel il y avait un sol en acier. Enfin, sol c’est une façon de parler, il y avait comme une porte qu’on a ouverte : une odeur méphitique mais pourtant attirante, de quelque chose en décomposition, a assailli nos narines. Une échelle descendait sur environ 2 mètres dans une salle étroite ; le sol en était émaillé, des casiers couvraient les murs. Avec le journaliste nous sommes descendus : l’air était raréfié, il y avait des propulseurs d’azote en marche. C’est sans doute pour eux que le compteur fonctionne, et en effet, quand Mlle Kiharu a coupé le courant, la propulsion d’azote s’est arrêtée aussi. Par terre, une grosse boîte en fer, couvercle ouvert posé en travers, couverte de poussière ; à l’intérieur, une substance semi translucide verdâtre et visqueuse. Tous les casiers sur les murs étaient vides. 
  
 Sur la boîte, le mon de la famille impériale est gravé, ainsi que des kanji très difficiles. Quand on les a montrés a Mlle Kiharu, elle nous a dit que ça se lisait Kempeitai (憲兵隊), que c’était la police politique japonaise, mais qu’elle a été dissoute après la défaite en 45. J’ai fait un prélèvement de la substance pour l’analyser, on a fermé le couvercle et pris la boîte, puis on est ressorti et on a refermé, en camouflant du mieux possible les traces de notre passage.
  
Quand on est parti de la maison, j’ai remarqué sur le bas-côté une vieille Mitsubishi grise immatriculée à Tokyo avec dedans un type aux cheveux teints en blond et en bras de chemise, qui semblait ne pas être à sa place dans le paysage. Très peu de temps après que le taxi a démarré, il y a eu un choc, le taxi venait de percuter un poteau. En me retournant, j’ai vu le soleil se refléter comme sur une lunette de fusil : on nous tirait dessus depuis la voiture grise ! C’est à ce moment que j’ai senti l’odeur d’essence : ce tueur voulait nous carboniser. Heureusement, nous avons eu le temps de sortir de la voiture (le chauffeur et Henry étaient un peu groggy alors je les ai aidés) et de commencer à nous en éloigner avant que la voiture n’explose. Le tueur continuait de nous tirer dessus, mais le soleil couchant qui nous faisait face a dû le gêner, nous avons pu nous réfugier dans une cimenterie proche de là sans qu’il nous touche. Dans des moments comme ça je suis toujours content de ne jamais quitter ma trousse de médecin, j’ai pu soigner les bobos des uns et des autres, Henry était plutôt amoché après son vol plané dans le pare-brise… Et puis son portable  a sonné, la voix d’une femme inconnue lui a dit en anglais (mais avec un accent français) qu’il pouvait être repéré avec son portable, qu’un ami nous attendait à l’intérieur de la cimenterie. J’ai essayé de m’en rapprocher discrètement pour m’assurer que ce n’était pas un piège, mais le type de la Mitsubishi continuait de tirer, et m’a blessé à l’épaule droite. C’est à ce moment-là qu’une voiture noire européenne est arrivée de la cimenterie, s’est mise entre nous et le tireur, et que le jeune homme au volant nous a fait signe de monter. Pas le temps de réfléchir, ami ou ennemi, pour le moment il était celui qui nous venait en aide… Une fois assis à l’abri dans la voiture, nous avons eu davantage le loisir d’observer notre chauffeur et sauveur : très jeune, environ 18 ans, et pourtant une conduite souple et sportive, parfaitement maîtrisée. Un appel téléphonique était en stand-by sur le poste de la voiture, il nous a fait signe de répondre ; c’est Kiharu qui a décroché, mais le haut-parleur était branché : c’était une femme à l’autre bout du fil, la même que celle qui avait téléphoné à Henry, mais elle parlait en japonais cette fois :

 

Vous avez déplu à une certaine faction de la ville qui souhaite se débarrasser de vous. Le Seigneur Senjo n’est pas connu pour sa subtilité. Je me nomme Cassandre ; Shigero vous conduit près de moi.

Allons bon ! Nous voilà pris dans une guerre des gangs ? Bon sang, que trafiquait donc Miho ?!
  
On a roulé assez vite, mais sans aucun arrêt ni bouchon ; pourtant Tokyo n’est pas connue pour la fluidité de sa circulation en début de soirée… Nous sommes arrivés à proximité de la gare de Tokyo, entrés directement dans un parking. Quand on est sortis de voiture, on a découvert à quel point le nommé Shigero était beau et parfait, tout en lui semblait mesuré et contrôlé. Trop, même, c’en était dérangeant. L’ascenseur que nous avons emprunté nous a conduit directement dans l’appartement du dernier étage, dans lequel étaient exposées des œuvres d’art assez bien mises en valeur, dont plusieurs portait de la même femme blonde : nous avons rapidement découvert qu’il s’agissait de notre hôtesse. Elle nous a fourni des vêtements propres, nous a nourris, nous a donné accès à un bloc opératoire privé (quel matériel, whaou, un véritable hôpital de campagne !) où avec l’aide de Shigero j’ai achevé de soigner tout le monde avant de le laisser s’occuper de mon épaule. Il n’était pas encore trop tard pour que je prévienne l’hôpital du contretemps de l’accident m’empêchant d’assurer ma garde de la  nuit, elle sera reportée.
  
Mais pourquoi une telle hospitalité de la part de Cassandre ? Parce que le Seigneur Senjo veut notre peau ? La raison me semble insuffisante. Elle a commencé par nous parler de Miho, de façon plutôt évasive : Votre amie était fascinée par les secrets, elle en a déterré un de trop. (oui, mais lequel ? parce que nous, c’est pas un seul mystère qu’on a débusqué depuis qu’on cherche autour de Miho…) Elle nous a également parlé d’objets qui ne sont pas de ce monde, comme le contenu de cette boîte ou une certaine poudre blanche… Mais comment est-elle au courant ? Nous ne lui avons rien montré, rien dit !!
  
Les mystères s’accumulent et je tombe de sommeil, peut-être Cassandre nous en dira davantage demain après une bonne nuit de repos. Les autres dorment déjà, je ferais bien de les imiter.

 

Jour 3

Dans le journal de ce matin que lisait Shigero quand nous nous sommes levés, nous avons découvert la photo du gars teint en blond : il a été arrêté chez lui sur dénonciation pour possession d’arme illégale. Hasard ou intervention de notre bienfaitrice ? D’après l’article, ce n’est pas son premier délit, c’est un ancien policier des stups, du nom de Hasegawa Yūki. Les stups ! Hé ! C’est eux qui sont en charge du dossier Miho !
   Cassandre n’était pas là ce matin. Puisque Shigero ne desserre toujours pas la mâchoire, nous n’avons rien à apprendre ici, nous avons poliment remercié et sommes partis. 
    Je suis passé à l’hôpital : je n’ai pas échappé à un examen médical, mais ma garde est reportée à ce soir. Je suis donc rentré chez moi me reposer et faire quelques recherches internet sur la Kempeitai, mais je n’ai appris que des généralités : c’était une police militaire fondée pour assurer la stabilité du Japon. Elle a été présente au Japon, en Mandchourie, en Corée, et a suivi les avancées de l’armée japonaise. Elle était crainte autant par les civils que par les militaires, responsable de beaucoup d’exactions et de crimes de guerre (exécutions de prisonniers, luttes contre des agents chinois, contre les communistes…). La plupart de ses officiers n’ont pas été jugés par des tribunaux de guerre car ils étaient revenus sur le sol japonais et que es tribunaux étaient locaux. Les bureaux à Tokyo étaient à Kitanomaru, très près du palais impérial, dans un bâtiment qui a été utilisé ensuite par les forces d’occupation américaines. 
   Je profite de ma garde cette nuit pour continuer ce journal. Je viens d’analyser l’échantillon que j’ai pris du contenu de la boîte, et les résultats me laissent perplexe. Ce n’est pas organique, mais pas minéral non plus, c’est très bizarre. Le spectrogramme est complètement dans le rouge. En analysant la composition moléculaire, les réactions obtenues ne sont pas celles que je devrais avoir en suivant les tables de Mendeleïev. La chimie n’est pas ma spécialité, et là je suis complètement dépassé. Pour finir, il y a une très lente oxydation (dont le cycle serait de l’ordre de l’année, je pense), c’est sans doute pour ça que cette substance se trouvait dans un environnement azoté.

 

Jour 4 

  J’ai retrouvé Henry cet après-midi à Todai pour lui parler de mes découvertes. Lui, il essaie de décrypter le journal de Miho, mais n’a toujours pas trouvé le code. Il pense à une langue ancienne, c’est pour ça qu’on est allé à la fac. En interrogeant les étudiants (Henry sait s’y prendre pour les faire parler…), on a identifié deux profs susceptibles de nous aider : Kanazawa Sensei, professeur émérite de civilisations anciennes, et Akimoto Sensei, maître de conférences. Il y aurait bien eu aussi Ueda Sensei, professeur honoraire d’arts japonais, mais il est mort il y a trois semaines d’une leucémie.
   Quand Henry a montré une copie d’une page du journal de Miho au professeur Kanazawa, il a tout de suite identifié le démotique, un ancien système phonétique égyptien fonctionnant parallèlement aux hiéroglyphes. Heureusement qu’il n’avait pas beaucoup de temps à nous consacrer, sinon il nous aurait fait un cours de trois heures. Il nous a conseillé quelques ouvrages que nous sommes allé chercher à la BU. Pendant qu’une étudiante bien disposée cherchait pour nous ces bouquins, nous avons profité de la bibliothèque pour en chercher davantage sur la Kempeitai, mais sans beaucoup plus de succès qu’hier : nous avons juste appris que les archives ont brûlé pendant la guerre (voilà qui est bien commode pour éviter les procès…).
   Grâce au professeur Kanazawa, nous avons maintenant une copie de l’alphabet phonétique égyptien, et avec ça le texte de Miho devient lisible, elle a simplement transcrit le japonais phonétiquement dans une autre écriture.

 

Par Marion
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Mercredi 22 mars 2006

Jours 5-6 
  
  
RAS… À tout hasard, j’ai envoyé un e-mail avec la formule chimique de la drogue trouvée dans le sang de Miho à un collègue psychanalyste autrichien qui donne des cours à l’université de Keio. Nous avons plusieurs fois échangé de l'aide sur des cas médicaux délicats, et je pense que c'est quelqu'un de confiance ; j'attends sa réponse avec impatience !

 Jour 7 

   Klaus Ocks, mon collègue psy, m'a téléphoné ce matin, il avait bien reçu mon message et comme il avait du temps libre, nous nous sommes retrouvés dans un café non loin de l'hôpital de Shinagawa. Henry nous y a rejoints, mais il ne m'a pas semblé dans son état normal : à la fois agité et encore plus froid que d'habitude avec Klaus, à la limite de l'impolitesse. 
  Klaus nous a appris que dans les années 70, un professeur du Shikoku du nom de Kawabata a publié un article dans lequel il parle de ces drogues : d’après lui, à certaines doses elles débloqueraient des verrous mentaux, et permettraient d’atteindre le monde des esprits, à la manière des champignons utilisés par les shamans shinto. Henry était prêt à partir immédiatement pour Shikoku, mais je l'ai convaincu de nous renseigner avant de partir à l'aveuglette, et bien nous en a pris : en faisant quelques recherches, on a découvert que Kawabata a disparu en mer il y a une quinzaine d’années, et qu'il était avec Goi Masahisa (mort en 1980) l’une des figures majeures d’une ONG appelée Byakko shinkokai, celle dont les poteaux blancs may peace prevail on earth jalonnent le Japon.
   Quand Klaus est parti, Henry m'a enfin expliqué ce qui se passait : il a fini de traduire le journal de Miho, et dorénavant il ne veut plus que nous nous séparions. Du coup il squatte chez moi et il est en train de boire tout le café que ma mère m'envoie régulièrement du Pérou ; s'il continue, je vais bientôt être réduit à boire la lavasse japonaise…  Il faut dire que sa traduction est plus que déstabilisante. Loin de nous éclairer, les pistes se multiplient et tout semble très obscur.
   Le soir, son assistant lui a téléphoné pour lui dire qu’il y avait un incendie à Shinagawa sur les docks, et que le matériel de l’entrepôt en flamme appartiendrait à Hikida, le type des enlèvements de jeunes filles. Comme c’était à côté, on est allé voir. Avec ma carte de médecin, on a passé sans problème le cordon de sécurité, et le chef des pompiers m'a tout de suite mis à contribution sur un pompier très gravement brûlé, mais qui présentait aussi des symptômes d’intoxication due sans doute à des vapeurs. Henry, lui, a farfouillé autour de l’entrepôt, et, à proximité du rivage, non loin d’un ponton, il a trouvé des traces de sang, dont il m'a fait faire un prélèvement. Il a aussi noté le nom de la compagnie sur l’entrepôt : Sahura. Pas grand-chose d'autre à tirer de tout ça, nous sommes donc rentrés nous reposer. 

Jour 8 

    On a revu Klaus ce matin, il est passé chez moi. Il est aussi parapsychologue, c'est en fait pour cette spécialité que j'avais fait appel à lui, mais je ne pouvais prendre l'initiative sans consulter Henry. On a donc décidé de lui faire lire le journal de Miho, peut-être qu’il pourra nous aider. 
  En sortant, on est repassé par les docks, où la police scientifique et les pompiers faisaient leur travail d'enquête. Le chef avec qui j'avais discuté hier soir m’a appris qu’il y a eu trois départs de feu, dont l’un électrique, c'est donc vers une piste criminelle que s'oriente la police. Pour ce qui est du contenu de l’entrepôt, il pourrait y avoir eu des détergents, ce serait eux qui auraient développé des vapeurs très toxiques. Mais j'ai l'impression qu'il ne m'a pas tout dit, ou peut-être même qu'il mentait : même si ces vapeurs étaient inodores, un détergent aurait provoqué des irritations des muqueuses, des yeux en particuliers, et les pompiers les auraient senties et se seraient protégés, or ça n’a pas été le cas. De toutes façons, il y avait apparemment très peu d’informations sur le matériel entreposé, car les bordereaux étaient mal remplis.
    Plus loin, une bulle de plastique protégeait la flaque de sang qu'Henry avait trouvé hier. Il a joué à l'inspecteur en interrogeant les gars de l'entrepôt d'à côté, appartenant à la compagnie Ōhara, mais on n'a pas appris grand-chose. Sur l’eau, amarrée au ponton, une de leurs péniches était en train de charger du sable, pour un projet de construction à Minami Senju, et dans leur entrepôt, ils ont des caisses de matériel de construction aux bordereaux correctement remplis. Il n'y a sans doute aucun rapport.
    On est ensuite allé à la fac de Sophia, pour essayer de rencontrer le Nobukasu dont parle Miho dans son journal, et puis aussi essayer de voir ses copines. On y a découvert que Nakajima Nobukasu n'est pas un étudiant, comme nous le supposions, mais un professeur (assistant sans doute) de linguistique comparée. Klaus et Henry n'y sont pas allés avec le dos de la cuillère et l'ont plutôt malmené verbalement, du coup il s'est complètement fermé, impossible de tirer une information valable de lui.  Il s'est défendu de toute relation avec Miho et a semblé étonné quand on lui a parlé de ses cauchemars. Il a dit n’avoir pas remarqué sa disparition, qu'il pensait qu’elle séchait pour mener sa vie d’étudiante écervelée. Pourtant, ce qu'il nous a dit n'était pas en accord avec son état physique : les cernes lui mangeaient la moitié du visage, il est évident qu'il se fait du soucis mais refuse de l'avouer. 
    À la sortie d'un cours, nous avons essayé de trouver des amis de Miho, mais on dirait que personne ne s'inquiète pour elle, qu'elle n'avait pas de véritable vie sociale, à la fac en tout cas… Pourtant, une certaine Makiko, une de ses copines, a fini par nous orienter vers un bar à Shibuya, le Slug.eR.
    Puisqu'il était trop tôt pour aller dans un bar, nous avons profité de la BU pour faire quelques recherches sur les entrepôts de Shinagawa. On a découvert que Sahura est une entreprise familiale d’import-export basée à Odaiba, dont le patron s’appelle Moriya. Mais on n'a appris que des généralités, il était évident qu'on n'était pas dans la bonne bibliothèque pour ce genre de recherches. 
    Le soir, on est allé au Slug.eR : l’ambiance y était sombre, enfumée. Au mur, un grand miroir avec des motifs peints dessus, quelques spots, de la musique assez forte ; plusieurs clients, dont un ou deux étrangers, étaient installés au bar, tous des hommes. Il y avait aussi quelques tables, c'est là qu'on s'est installé. Le barman, un gars pas vraiment rassurant aux gros biceps, avait un piercing à l’oreille et un tatouage sur le cou comme un collier de pointes. On a décidé de rester suffisamment longtemps pour voir comment évoluait l’ambiance, et plus la soirée avançait, plus c'est devenu trash, la clientèle faisait vraiment peur. On a observé un étrange manège de certains clients, qui restaient un moment au bar, puis passaient dans une autre pièce au fond en laissant leur consommation mais en emmenant leur sous bock. En regardant le mien, on s'est aperçu qu’au dos un coup de marqueur avait été donné pour effacer quelque chose, mais on pouvait encore distinguer des chiffres, comme un code, ça pourrait être un moyen de communication.
    Quand on est sorti, après 2-3 heures là dedans, on a remarqué juste à côté un club, avec de la musique assez semblable à celle du bar, qui semblait offrir des services «spéciaux ». On est entré, et Henry a demandé, avec l'aplomb d'un vieil habitué, la compagnie de Miho, mais on lui a répondu qu’elle ne travaillait plus dans la boîte. Quand il a demandé à aller au 2ème étage comme Miho le lui avait promis, la mama-san lui a demandé de revenir plus tard. En attendant, on est allé à Yoyogi. Brr… De nuit, ce n’est pas très rassurant ! En plus, l'alcool ne semble pas bien réussir à Henry, et il a comme été pris de somnambulisme, il s'est mis à se diriger droit vers la forêt de ginkgo. Je l'ai rattrapé et il a repris ses esprits, mais sans comprendre ce qui lui était arrivé, et soudain, est apparue devant nous une femme, aux cheveux tressés à l’africaine formant des motifs de plumes sur sa tête, qui nous a dit de rejoindre notre monde. On ne se l'est pas fait dire deux fois, et on est retourné vers le Slug.eR. Henry est allé au club, seul puisque c'est ce que semblait vouloir la mama-san, tandis qu’avec Klaus je suis retourné au bar. On y a joué le jeu des sous bock en écrivant je suis nouveau sur le mien. Le barman nous a fait passer au fond, et on s'est retrouvé dans un bureau, face à un Japonais se prenant pour un cow-boy : coiffé d’un Stetson, vêtu de jean des pieds à la tête et chaussé de Santiags, les pieds sur la table. Sur le bureau, une machine à compter les billets et une montagne de poudre blanche. Nom d'un chien ! Dans quoi on est encore tombé ?? Il pensait qu’on voulait dealer pour lui, je lui ai dit que j'étais indépendant, que je venais juste pour un premier contact, en essayant de rester impassible. Il a eu l'air impressionné, m'a dit qu'il appréciait l'initiative, et m'a proposé le secteur de Roppongi… On a réussi à s'en sortir pas trop mal, mais il a prélevé de mon sang et dit qu’il saurait me retrouver…  Je suis quand même parvenu à le surprendre quand j'ai ouvert ma trousse de médecin (qui commence à être passablement pleine après les achats d'Henry…) sur son bureau, il m'a comparé à Jack l'éventreur, lol. 
    En sortant, on a retrouvé Henry qui nous a révélé que le "2ème étage" sert à de la prostitution pure et simple. La nuit était bien entamée et nous étions tous crevés, trop tard pour le métro, on est donc rentré en taxi chez moi.

 Jour 9

   On a émergé tard, ce matin, et puisqu'on était chez moi, j'ai profité de mon matériel informatique pour faire des recherches sur Tsubaki-gumi dont le nom apparaît dans le journal de Miho : c’est l’une des plus puissantes familles de yakuzas de la ville, dont le chef est Yoshitake Gonji. À propos de Koga Naoki, j'ai découvert qu’il y a une dizaine d’années il a été impliqué dans une grosse affaire qui a très vite été étouffée : à l’âge de 14 ans, alors qu'il était apparemment l’amant d’un ministre du parti conservateur, il semble l’avoir attaqué avec un couteau pour l’émasculer ; le ministre a eu la chance de s’en sortir et depuis, Koga a profité de sa célébrité de jeune délinquant pour entrer dans le show-biz, il est même plusieurs fois apparu sur scène à Roppongi. Pourtant, aucune photo de lui n'apparaît nulle part. Pour moi, à en croire le journal de Miho, Koga est un lieutenant du Seigneur Senjo. 
    Dans l’après-midi, on est retourné à la fac pour en explorer les sous-sols. Quels crétins de ne pas y avoir pensé hier ! En passant par une porte de service et un escalier, on est arrivé dans une banale chaufferie : une salle carrée au fond de laquelle se trouvait une chaudière, à côté d’une porte rouillée. En ouvrant celle-ci, on a débouché sur un long couloir encombré de conduits de chauffage avec des codes couleur, une passerelle métallique permettant de passer au-dessus de tous ces tubes, s’arrêtant brusquement face à un mur. À ce point là, au niveau du sol, s’ouvrait un étroit passage, sans doute réservé à l’entretien. On s’y est engagé, mais c’était un véritable labyrinthe, on a très vite tourné en rond. On est resté là-dedans des heures. En fin d'après-midi, on a tout à coup entendu des bruits de pas sur la passerelle : on a supposé que c'était une ronde de surveillance, routine avant la fermeture de la fac, mais le son s'est transformé, comme si la personne marchait maintenant sur de la pierre. On a encore attendu un moment, puis comme on n'entendait plus rien, on s'est décidé à ressortir du tunnel et à revenir sur la passerelle, pour encore une fois jouer aux détectives : on a découvert une porte secrète dans le mur, derrière laquelle un escalier descendait, suivi d’un long couloir éclairé au sol par de toutes petites lumières comme dans les avions ou les salles de cinéma. Quelques portes, toutes fermées, donnaient sur ce couloir : aucun bruit derrière la première, mais derrière celle du fond, on a entendu des chants lointains assez aigus. Là, le couloir tournait à droite et donnait  sur un escalier qui s’enfonçait encore davantage dans le sol. Nous avons bien sûr continué, et sommes arrivés dans une salle ronde donnant sur 7 portes, et derrière l'une d'elles, on a pu percevoir une voix d’homme très étouffée.
    Au moment où on a essayé d’ouvrir la première porte, une voix derrière nous nous a dit : Ces portes sont fermées. C’était un homme européen assez grand, dont les cheveux sombres renforçaient la pâleur aristocratique de sa peau, habillé avec beaucoup de classe. Au moment où il a ouvert la montre à gousset qu'il avait à la main, toutes les lumières se sont allumées. De la magie ou une simple question de timing ? En tout cas, il a réussi à nous impressionner. Bénédicte m’a annoncé votre venue, venez, a-t-il ajouté, en ouvrant une des portes, qui donnait sur un salon, au mur orné d'un tableau représentant le Golgotha, et une mappemonde posée sur un bureau. Il s'est présenté sous le nom de Benjamin, et nous a expliqué que Bénédicte appartenait à la famille. C'est bien ce que je craignais : famille, clans, drogue, prostitution, nous voilà en pleine histoire mafieuse. 
    Puis un jeune garçon d’environ 17 ans habillé comme un collégien est entré et lui a glissé quelques mots à l’oreille. Si Cassandre ne vous avait pas sauvés, vous auriez été détruits : ce sont les derniers mots dont je me souvienne suffisamment clairement pour les retranscrire ici, ensuite tout s'embrouille, je ne suis même pas sûr que tout ça n'ait pas été finalement qu'un cauchemar…
Par Marion
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Mercredi 22 mars 2006

Il semble que des feuillets aient été égarés...


Nuit 18

 

Beaucoup de temps s'est écoulé depuis la dernière entrée de ce journal, et nous avons tous beaucoup changé en une semaine.
   Cette dernière semaine a été consacrée à notre initiation et notre adaptation à notre non-vie. Azaïs a mis cette période à profit pour nous apprendre à Hanzo et moi un peu de Magie Thébaine. Elle se compose essentiellement de rituels, et j'ai l'impression qu'il va nous falloir des milliers d'heures d'étude pour en acquérir un minimum… Il nous a également expliqué l'histoire du Telum Sanctum, qui a plus de 2000 ans. Nous suivons l'enseignement de Longinus, un légionnaire romain qui a été maudit par le sang du Christ. Notre humanité doit être sauvegardée, le Telum est ici pour guider les vampires et éviter leur corruption… Le plus ancien ici se nomme Petrius, c'est le sire d'Hanzo. 
   On nous a aussi indiqué les lieux dangereux à éviter, en particulier l'église orthodoxe Nicolaï. D'autres covenants que le Telum existent : l'Invictus, auquel appartiennent maintenant Mlle Kiharu et Klaus, travaille en bonne entente avec le Telum, mais ce n'est pas le cas du Crone, un ordre anathème qui a tenté de s'emparer de Tokyo et qui est un ennemi redoutable.  On nous a aussi expliqué qu'il y a des vampires asiatiques, qui peuvent se révéler dangereux. 
   Mon sire, Benjamin, nous a chargés d'enquêter sur la banque de sang de l'hôpital de Shinagawa : il semble qu'une faction de vampires y vole du sang régulièrement. A nous de trouver leur agent et de le retourner ou de le détruire.
    Avant de quitter la fac, nous sommes allés rendre visite à Bénédicte, une Mekhet du Telum, pour lui parler de notre mésaventure à Yoyogi. D'après elle, nous avons été en contact avec des créatures "garou", il paraît qu'il y en a un grand nombre à Tokyo. Elle nous a conseillé de fuir si on en rencontrait à nouveau. Elle nous a également parlé des autres covenants présents à Tokyo : les Carthians, qui y sont tolérés, l'Ordos, qui y est peut être présent sans qu'on en soit sûrs. On a croisé chez elle Nobukasu, qui est en fait sa goule. Il était un peu plus détendu, mais on n'a tiré aucune info de lui à propos de Miho.

Nuit 19

    Hanzo nous a appris à méditer. Rien de tel que le repos de l'esprit, paraît-il… Quoi qu'il en soit, après une heure de méditation, nous avions faim, ou plutôt soif, et tous m'ont suivi pour se nourrir sur les vieux de l'hôpital. Je ne les y emmènerai plus, ils ont provoqué une crise cardiaque. Mais bon, au moins nous étions sur place pour commencer l'enquête sur les disparitions de sang. Nous avons repéré plusieurs irrégularités : tout d'abord, on dirait qu'il y a deux séries de carnets, dont une série de faux ; de plus, les demandes aux familles des blessés ont été multipliées inutilement m'a-t-il semblé. Il manque plusieurs carnets, ce qui représente plusieurs centaines de litres. 2-3 infirmiers sont toujours présents dans le service, chapeautés par un hématologue, le docteur Kawamura, cela limite le nombre de suspects. En y regardant de plus près, tous les carnets sont des originaux, c'est donc l'hématologue le responsable, puisqu'il est le seul à y avoir accès.
   Henry s'est donc mis à fouiller le bureau de Kawamura pendant que j'attirais son attention ailleurs. Il y a trouvé des lettres datant de 30-40 ans d'une Ichikawa Ayumi, apparemment atteinte d'une maladie du sang. Dans son agenda, on a trouvé plusieurs numéros de téléphone, et des rendez-vous récurrents avec un certainドープ, dont le prochain est dans deux nuits à 21 heures. On dirait que Kawamura est en train d'essayer de changer son système de carnets. Henry a également copié des sigles qui étaient griffonnés sur le mémo de Kawamura, que j'ai identifiés comme une formule alchimique symbole du sang.
    Ah, tiens, j'ai lu dans un journal que Hikida, le gars des enlèvements de jeunes filles a Shinagawa, est mort quand la police a donné l'assaut.

Nuit 20

RAS

Nuit 21 

    C'est aujourd'hui que Kawamura a son rendez-vous avec le dénomméドープ. On l'a suivi en taxi quand il est sorti de l'hôpital au volant de sa voiture. Il est allé en direction de Shinjuku et s'est arrêté devant un bâtiment blanc, sur lequel il y avait une plaque avec les noms de plusieurs entreprises, dont une clinique aux deux premiers étages. On l'a suivi sans se faire voir à l'intérieur, dont il est ressorti assez rapidement. Dès son départ, nous avons laissé Henry tester son nouveau pouvoir le rendant invisible. Le "docteur" à qui Kawamura a remis le sang se fait appeler Doppelganger. Dès le départ de son "livreur", il a passé un coup de téléphone pour annoncer qu'il avait les "unités" : il a obtenu un rendez-vous 45 minutes plus tard avec son commanditaire. Henry est redescendu nous annoncer tout ça À l'heure dite, un homme aux cheveux argent est arrivé. On l'avait déjà vu au Slug.eR, m'a-t-il semblé.
    Après son départ, on est allé trouver Doppelganger, et il ne nous a pas été très difficile de le faire parler : l'homme qui venait de lui rendre visite est surnommé le Héron Gris, ou Mitsuke Seiju, mais il se font tous appeler Mitsuke. Doppelganger a prononcé les noms des Yamaguchi et des Tsubaki, se demandant pour qui on travaillait. On l'a embarqué dans le coffre de sa propre voiture pour l'emmener à mon sire. Arrivés à Sophia, nous ne l'avons pas sorti du coffre pour informer Benjamin, qui a semblé content de nous. Nous nous sommes contentés de mettre Doppelganger dans le coffre de la voiture de mon sire, et nous sommes immédiatement repartis avec lui vers un entrepôt d'Odaiba. On aurait dit que Benjamin voulait une démonstration de nos talents d'interrogateurs. On ne l'a pas déçu, je crois, en "intimidant" Doppelganger, nous avons obtenu beaucoup d'informations. Il travaille avec sa bande depuis 10 ans, quand il s'est fait dénoncer. Il y a une histoire de trafic d'organes chez les Tsubaki, chez qui il y a un autre vampire : Ozaki. Par contre, il ne sait pas si le chef des Tsubaki, Yoshitake Gonji, en est un. Doppelganger nous a encore appris que d'autres hôpitaux fournissaient du sang, et on a obtenu de lui une liste de 15 noms de médecins travaillant actuellement pour lui, parmi lesquels il nous a désigné un certain Ebata comme le meilleur élément.
    Avant de s'en aller, mon sire nous a appris que les Mitsuke sont des alliés objectifs du Telum. Il nous a laissé le soin de nous débarrasser de Doppelganger et de transformer le réseau à notre compte. Nous avons donc mis Doppelganger sous une dose de cheval de sédatifs, et l'avons interné dans l'hôpital psychiatrique où travaille maintenant Klaus.

 

Par Marion
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